Le mari de Josiane Lepape est décédé d'une crise
cardiaque en rentrant du centre de tri de Blois. Elle se bat depuis
quatre ans pour obtenir une rente.
Le 16 décembre 2005, vers 6 h du matin, un chauffeur de taxi
aperçoit une voiture garée – phares et clignotants allumés – le long de
la rocade, entre Vineuil et Blois. Deux heures plus tard, le taxi
repasse au même endroit et le chauffeur, intrigué par la présence de la
même Renault 5, décide de s'arrêter. Il découvre, à côté de la voiture
dont le moteur tourne, le corps d'un homme inanimé. Malgré
l'intervention des secours, Philippe Lepape, 51 ans, est déclaré décédé
d'une crise cardiaque. Fonctionnaire de La Poste, ce père de famille
travaillait de nuit à l'ancien centre de tri postal, rue Robert-Nau. Il
avait quitté son lieu de travail vers 6 h du matin et regagnait son
domicile à Feings, quand le malaise fatal est survenu.
Sa veuve,
Josiane, est engagée dans un long bras de fer judiciaire avec l'ancien
employeur de son mari, pour faire reconnaître ses droits à une rente
viagère d'invalidité. Elle travaille comme agent hospitalier dans une
maison de retraite de Blois et a toujours une fille de 17 ans à charge.
« Mon mari n'avait jamais eu de problème cardiaque par le passé.
Mais il était de plus en plus soucieux et fatigué depuis qu'on lui
avait annoncé la fermeture prochaine du centre de tri. Cinq de ses
collègues ont accepté de témoigner en ce sens. Je considère qu'il
s'agit d'un accident du travail. Les semaines qui ont suivi sa mort, la
direction de La Poste ne me donnait aucune information. C'est toujours
moi qui téléphonais ou écrivais sans avoir de réponse. » Le 7
avril 2006, la commission départementale de réforme de la préfecture
rejette sa demande de rente, mais la décision ne lui est pas notifiée.
Josiane Lepape consulte un avocat et en janvier 2007, porte l'affaire
devant le tribunal des affaires de sécurité sociale de Blois (TASS).
Elle demande à ce que soit pris en charge le décès de son époux au
titre de la législation professionnelle et que sa mort soit considérée
comme un accident de trajet travail - domicile. De son côté, La Poste
répond en demandant au tribunal des affaires de sécurité sociale de se
déclarer incompétent au profit du tribunal administratif d'Orléans, car
Philippe Lepape était fonctionnaire. A titre subsidiaire, l'avocat de
La Poste demande au TASS de débouter Mme Lepape.
Philippe Lepape est mort dans un accident de trajet
Mais
dans son jugement du 6 mai 2008, le tribunal se déclare compétent et
reçoit Josiane en son recours : il annule la décision de la commission
de réforme d'avril 2006 et dit que Philippe Lepape est mort dans un
accident de trajet. La Poste est en outre condamnée à payer 800 € pour
les frais d'avocat. Aucun appel n'est formé.
Pourtant, Josiane Lepape n'est pas au bout de ses peines.
Le
19 juin dernier, la direction des ressources humaines de La Poste lui
annonce par courrier que le service des pensions a statué
« qu'en l'absence de preuve d'une relation de cause à effet directe » entre son travail et le malaise cardiaque dont Philippe Lepape a été victime,
« aucun droit à rente viagère d'invalidité ne peut être ouvert ».
Josiane
Lepape a décidé, cette fois-ci, de saisir le tribunal administratif
d'Orléans. Son avocate n'a pas encore eu le temps d'étudier tout le
dossier, mais a déjà relevé des
« bizarreries juridiques ».
Mme Lepape sait que la procédure sera longue et son issue incertaine. Elle se dit très déçue par l'attitude de La Poste :
« Mon mari a beaucoup donné dans le cadre de son travail. C'est aussi en sa mémoire que je me bats ainsi. »

Ou comment La Poste règle les accidents de traket !
